Speech by President Charles Michel at the VI Latin America and the Caribbean (CELAC) Summit in Mexico

(Source: European Council)

Très cher président Lopez Obrador, Excellences, Mesdames et Messieurs,

C’est pour moi un plaisir très particulier d’être présent avec vous.

Et je voudrais commencer par m’associer aux félicitations qui ont été adressées pour les 200 années d’indépendance, pour ce bicentenaire, mais également m’associer aux remerciements qui ont été adressés, cher président Lopez Obrador, pour votre implication personnelle, pour votre engagement, avec votre équipe diplomatique et singulièrement avec le ministre des Affaires étrangères, afin de faire avancer des projets concrets dans le cadre de la CELAC.

On voit qu’avec du pragmatisme, avec de la bonne volonté, comme vous venez de le faire, on peut approuver des manières de coopérer ensemble dans le domaine des vaccins, dans le domaine des médicaments, et j’y reviendrai en mettant en lumière de quelle manière l’Union européenne peut peut-être aussi renforcer des coopérations opérationnelles avec vous. En tout cas, bravo pour les premiers résultats obtenus dans le cadre de ce sixième sommet CELAC.

Je le disais, c’est pour moi un privilège, c’est pour moi un honneur, c’est aussi de l’émotion que de m’adresser à vous au nom de l’Union européenne.

Alors vous le savez – et vous l’avez dit chacune et chacun avec vos mots, avec vos manières de ressentir et de vivre les événements – notre génération fait face à un moment dans l’histoire de l’humanité qui n’est pas un moment banal, qui n’est pas un moment anodin. D’une part, le changement climatique représente un enjeu existentiel. Beaucoup l’ont mis en évidence en mettant en lumière le choc du changement climatique dans vos pays, pour vos populations et partout dans le monde. Aucun continent n’échappe aux conséquences tragiques des changements climatiques.

Mais vous avez dit aussi qu’il y a dans cette région du monde des solutions. On sait que les forêts, on sait que les océans, sont des poumons et ils sont intrinsèquement liés, par cette caractéristique de biodiversité, au système climatique. Ce sont des leviers que l’on doit pouvoir activer.

Autre enjeu auquel nous sommes confrontés: cette révolution digitale, cette transformation qui modifie nos manières de faire du commerce, nos manières d’échanger sur le plan social, sur le plan interpersonnel, et qui ouvre beaucoup de sujets en lien avec le développement économique.

Et puis, vous l’avez tous et toutes évoquée, cette pandémie qui frappe le monde dans son ensemble et qui montre les fragilités de notre humanité et la nécessité de réagir ensemble. Et ces trois éléments – changement climatique, révolution digitale, cette pandémie qui nous frappe – mettent en lumière, de mon point de vue, de notre point de vue en Europe, un enjeu fondamental que vous discutez aujourd’hui les yeux dans les yeux : la coopération.

La coopération internationale est indispensable, elle est nécessaire. Et la coopération n’est jamais une faiblesse: au contraire. La coopération, c’est le choix souverain de gouvernements, qui représentent leurs populations, de se retrousser les manches ensemble pour tenter de trouver des solutions, pour tenter de construire des sociétés plus justes, plus fortes, plus robustes. Pour donner en fait un avenir meilleur à nos citoyens.

Vous le savez, et plusieurs l’ont évoqué, ce qui m’a touché, comme jeune Européen ,moi qui suis à 12 heures d’avion du Mexique, c’est que cette Union européenne est un projet politique inédit dans l’histoire de l’humanité. Parce qu’il y a un peu plus de soixante-dix ans, au siècle passé, après deux guerres mondiales, tragiques, dévastatrices, qui ont révélé le pire de l’humanité, un certain nombre de leaders politiques visionnaires, courageux, qui appartenaient pourtant à des pays différents et à des générations qui s’étaient fait la guerre de manière brutale, ont voulu bâtir un projet de paix, de prospérité et de stabilité.

Alors depuis soixante-dix ans, est-ce que ce processus a été simple ? Non, ça n’a pas été simple. Souvent, il y a eu des tensions. Souvent, il y a eu des discussions difficiles. Mais année après année, il y a eu des pas en avant, avec le respect de la diversité européenne. Imaginez-vous: vingt-quatre langues officielles au sein de l’Union européenne pour 27 pays. Imaginez-vous: il y a un an, au mois de juillet, lorsqu’on s’est retrouvé avec les 27 chefs d’État et de gouvernement, à Bruxelles, pendant quatre jours et quatre nuits pour négocier le budget de relance économique pour l’Union européenne… Quatre jours et quatre nuits à Bruxelles, pour des débats que j’ai eu l’honneur de présider, avec, à la fin, malgré les différences de points de vue au départ, une capacité de donner un élan financier majeur, avec comme priorités le changement climatique, la révolution digitale et la volonté d’être à la hauteur de ce monde post-Covid, pour construire, en mieux, cette société que nous voulons.

Avec, c’est vrai, je me permets d’y mettre l’accent, une conviction très forte que nous avons sur le plan européen et qui est une conviction partagée, je l’ai entendu, par beaucoup d’entre vous autour de cette table, c’est qu’il y a une boussole : l’État de droit, les droits humains, la protection du droit des femmes et du droit des jeunes filles, la protection du droit des minorités, la liberté d’expression, la liberté de la presse, des institutions démocratiques, la légitimité électorale, des élections représentatives, des élections libres et équitables. Ce sont les boussoles et ce sont les cadres. Ça ne veut pas dire que ces débats-là sont simples. Aussi sur le plan européen, nous menons en permanence ces débats, pour voir comment on peut progresser sur ces sujets qui touchent aux droits fondamentaux, à l’État de droit, à la gouvernance.

Enfin, je voudrais maintenant brièvement aborder, si vous le permettez, quelques points plus particuliers : le climat et la biodiversité. Nous faisons face, en réalité, à une transformation de notre logiciel de développement économique et social, toutes et tous, quels que soient les pays d’où nous venons, pays plus développés, pays sur le chemin du développement. Et c’est vrai qu’il y a des responsabilités. C’est vrai, beaucoup l’ont dit autour de la table, que les pays qui sont aujourd’hui peut-être plus développés sur le plan industriel et qui ont contribué davantage à exploiter les ressources naturelles, à émettre des émissions qui ont pollué le monde, ont une responsabilité. Et c’est pour cela qu’en 2009, lors d’une des réunions COP, il a été décidé que 100 milliards d’euros devaient être mobilisés chaque année afin de soutenir les pays les plus fragiles en lien avec le financement de l’enjeu climatique.

Nous devons être à la hauteur, et l’Union européenne a l’ambition d’être à la hauteur. Vous savez que l’année passée, l’Union européenne, sur les 100 milliards, a mobilisé 26 milliards de dollars, bien au-delà donc de notre contribution prévue. Et nous allons encore annoncer très prochainement des hausses supplémentaires de financement pour soutenir l’ensemble des pays afin de faire face au changement climatique et à ses conséquences. On le voit, l’action du financement est un enjeu important, nous voulons être aussi à la hauteur par rapport à cela.

Ce changement de paradigme, il importe aussi sur le terrain de la biodiversité. Il y a dans vos pays des trésors en termes de biodiversité, qu’il faut effectivement soutenir, protéger… Et il faut développer des capacités d’innovation et d’économie qui respectent les ressources naturelles. Cela nous apparaît être un sujet aussi important. Et vous pouvez compter sur nous pour soutenir, avec modestie, avec humilité, mais avec sincérité et loyauté, ces démarches quand elles s’inscrivent dans la volonté de protéger le climat, mais en même temps d’innover pour renforcer la prospérité.

Et puis il y a un autre point que beaucoup ont évoqué: c’est la question de la COVID-19, avec une présentation, il y a quelques instants, de votre ambition de renforcer les capacités dans le secteur pharmaceutique, les vaccins, les médicaments. Je voudrais partager quelques informations avec vous sur ce sujet. Quand la COVID-19 nous a frappé toutes et tous en Europe également, les 27 chefs d’État et de gouvernement européens ont immédiatement souhaité mobiliser tous les moyens possibles pour investir dans la recherche. La confiance dans la science, la raison, c’est aussi un sujet important. Et le monde a réussi, en moins d’un an, à développer des vaccins efficaces contre la COVID, différentes technologies, alors qu’en moyenne, ce sont dix années qui sont nécessaires pour développer des vaccins.

Deuxième information que je veux partager avec vous : l’Union européenne a fait le choix immédiatement, quand les premiers vaccins ont été développés, d’exporter la moitié des vaccins produits au sein de l’Union européenne. Je voulais le mettre en évidence. Tous les pays dans le monde n’ont pas fait ce choix-là. Mais les 27 pays européens ont fait le choix d’exporter la moitié des vaccins produits. Cela a parfois donné lieu à des tensions sur le plan européen. Parfois des citoyens européens ne comprenaient pas pourquoi on exportait la moitié des vaccins produits en Europe vers d’autres pays. Et pourtant, je suis fier qu’on ait pris cette décision-là: parce que nous ne sommes pas en sécurité tant que le monde entier n’est pas en sécurité.

Troisième élément: l’Union européenne, avec d’autres, certains l’ont mentionné, a contribué à lancer l’initiative COVAX pour soutenir l’ensemble des pays. Trois milliards d’euros ont été mobilisés. Mais je reconnais un point, qui a été soulevé par beaucoup d’entre vous, nous faisons la même analyse à Bruxelles et en Europe: nous devons être certains que les moyens financiers pour COVAX se transforment en doses administrées partout dans le monde. Et là, effectivement, il y a un travail qui doit être fait pour accélérer. C’est la raison pour laquelle il est important d’augmenter les capacités de production partout dans le monde pour être certains que COVAX puisse avoir la possibilité de livrer des doses et que les pays puissent les administrer. Pour donner un chiffre, les montants mobilisés par l’Union européenne représentent 230 millions de doses dans 139 pays au travers de l’initiative COVAX. Et si je prends les exportations de doses vers les pays d’Amérique latine et des Caraïbes, c’est 40 millions de doses qui ont pu être exportées à partir de l’Union européenne.

Voilà les quelques éléments que je voulais partager avec vous. Vous dire, en conclusion, que ce que nous espérons, ce que nous souhaitons chacune et chacun, ce sont des sociétés inclusives. Ce sont des sociétés où on fait reculer les injustices, où on fait reculer les inégalités. Ce sont des sociétés où on met la dignité de chaque être humain, quelle que soit son origine, quelles que soient ses convictions politiques, quel que soit son genre,  au centre des décisions prises pour améliorer le cadre et les conditions de vie. L’éducation, l’accès à la santé, participent de ces sociétés bienveillantes que nous voulons bâtir. Et la conviction que je veux partager avec vous, c’est que, ensemble, la CELAC, l’Amérique latine et les pays d’Amérique et des Caraïbes et l’Union européenne, nous représentons un tiers des Nations unies. Près d’un milliard de citoyens sont représentés par nos pays. Il y a déjà aujourd’hui des liens extrêmement étroits entre les pays européens et les pays membres de la CELAC. Je forme le vœu que ce moment, ce sommet, soit une occasion, de manière opérationnelle, pratique, concrète, fondée sur des principes et des valeurs, de réfléchir à la manière de renforcer cette capacité de travailler ensemble. Pas seulement pour des raisons de partenariat économique, c’est important, pas seulement pour des raisons de partenariat politique, c’est important aussi, mais au-delà de cela, pour les liens interpersonnels, pour les liens interculturels qui rassemblent vos sociétés dans vos pays et nos sociétés dans les pays européens.

Je voulais terminer en vous disant mon expérience personnelle sur le terrain des liens interculturels. Il y a 30 ans, j’étais un jeune élève, à 12 heures d’avion de Mexico, dans une petite école provinciale au sud de Bruxelles, et un de mes professeurs m’a fait découvrir un poète qui s’appelle Pablo Neruda et qui a ouvert mon horizon culturel. La beauté et le sens de sa poésie. Je voudrais terminer avec ces propos de Pablo Neruda: “Tous les chemins mènent au même but: transmettre aux autres ce que nous sommes”. Et cette idée de transmission mutuelle, plus que jamais je le crois, est une idée qui doit pouvoir nous inspirer pour bâtir ensemble des sociétés empreintes de progrès, empreintes de liberté et de dignité personnelle.

Je vous remercie.

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